Louise Hervé & Chloé Maillet (FR) / Identités et territoires

Entre performance et film, Louise Hervé & Chloé Maillet proposent de reconstituer des scènes historiques liées à l’histoire du Fouriérisme, du spiritisme et de la magie en incluant un groupe d’adolescents dans le projet artistique.

En partant de matériaux historiques, ce binôme d’artistes cherchera à s’emparer de ces récits, en groupe, et de manière participative, pour faire re-vivre certaines expériences et faire surgir de nouvelles images. Des performances publiques et films feront l’objet d’une restitution publique dans les espaces de ThalieLab.

Nées en 1981, Louise Hervé & Chloé Maillet vivent et travaillent à Paris. Elles ont fondé l’I.I.I.I. (International Institute for Important Items) en 2001, au sein duquel elles réalisent des performances, des films de genre et des installations. Leur pratique oscille entre champs de l’archéologie, de l’histoire et de la science-fiction et elle combine films, publication de courtes fictions et performances, à la manière de visites-conférences. A cela, elles y ajoutent des références littéraires et cinématographiques mêlées avec la réalité. Le duo est représenté par la galerie Marcelle Alix à Paris.

Elles présentent jusqu’au 25 mars 2018 L’iguane, exposition en deux actes au Centre d’art contemporain d’Ivry – le Crédac

INTERVIEW

Votre film s’inscrit sur le territoire de Bruxelles. Qu’avez-vous découvert de vos investigations architecturales et collectivistes à Bruxelles ? 

Pour ce film, intitulé « L’Iguane », nous nous sommes intéressées au familistère Godin à Laeken, un bâtiment unique à Bruxelles construit par Jean-Baptiste Godin, qui s’inspira de l’architecture utopique des phalanstères de Charles Fourier à la fin du XIXe siècle. Le bâtiment, actuellement en travaux avec ses logements organisés autour d’une cour centrale dont il ne reste que l’ossature, est aujourd’hui imbriqué dans un centre commercial. Nous avons échangé sur l’histoire de ce bâtiment avec des architectes, nous avons consulté les archives de la ville, du Musée bruxellois de l’industrie et du travail ainsi que de la Fonderie à Molenbeek, ce qui nous a donné l’occasion de nous plonger dans l’histoire de l’habitat coopératif à Bruxelles, des Marolles aux cités-jardins.

Ce film inclut  la participation d’adolescents en réinsertion à « Out of the box « , atelier de pédagogie urbaine à Bruxelles. Comment se sont-ils impliqués dans ce projet et de quelle façon cette implication permet-elle une autre lecture du film? 

Nous avons rencontré les adolescents d’Out of the box à Bruxelles et leur avons tout d’abord parlé de l’architecture du Familistère Godin, puis d’une anecdote mettant en jeu des Fouriéristes : comment certains d’entre eux, en 1848, alors que la Révolution en France avait échoué, se passionnèrent pour le spiritisme dans l’idée qu’en communiquant avec des esprits venus d’autres planètes, ils trouveraient des réponses aux questions sociales de leur époque, sur Terre.

Nous leur avons aussi montré des œuvres d’art médiumniques, des formes abstraites et symétriques produites par des artistes disant peindre sous l’influence d’esprits ou d’extra-terrestres, comme Fleury Joseph Crépin ou Augustin Lesage, tout deux spirites et issus de milieux ouvriers dans le Nord de la France au XXe siècle.

A partir de ces deux directions – travail en groupe conduit par le désir et l’attrait, et communication extraterrestre à des fins de changement– nous avons proposé aux adolescents de se mettre en scène et d’imaginer sous la forme d’une performance filmée, leur propre version de ces tableaux spirites, comme une forme de tableau vivant collectif. Cette collaboration fût vraiment passionnante.

En tant qu’artistes s’intéressant aux processus narratifs liés à l’histoire, comment imaginez-vous l’impact sociétal de ce film ? Pensez-vous qu’il puisse trouver une résonance en dehors du monde de l’art ? 

Nous avons pensé le projet « L’Iguane » en articulant un moment historique avec une pensée de l’extra-terrestre, et d’un lieu, celui du Familistère de Laeken. Nos projets se situent entre passé et futur, ou plutôt en regardant le passé comme on regarde le futur, depuis notre point de vue contemporain. 
Notre méthode est collective : nous pensons et réalisons les projets en duo, et en invitant d’autres groupes dans notre processus de travail, différents à chaque fois. A Bruxelles, nous avons proposé à des jeunes participant à un programme de pédagogie alternative, dont le fonctionnement résonne avec le propos du film, de se mettre en scène eux-mêmes. Le récit s’écrit donc entre nous et les participants, en croisant des champs très divers, à partir de sources historiques et de lieux, en mettant au jour des généalogies alternatives. 
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