pointligneplan et le Japon, films

Projections de films du 22 au 24 mai 2015, Cinéma GALERIES, Bruxelles

Depuis sa création en 1998, le collectif pointligneplan répertorie, diffuse et édite des films situés au croisement du cinéma et de l’art contemporain. pointligneplan, en partenariat avec Thalie Art Foundation, propose une programmation de films d’artistes européens influencés par le Japon et ce, en dialogue avec l’exposition Wabi Sabi Shima. L’influence du Japon, depuis le japonisme à l’ère Meiji, semble toujours aussi importante chez les artistes français actuels. De Chris Marker à Sophie Calle et, surtout, depuis la génération Dominique Gonzalez-Foerster, Pierre Huyghe, Pierre Joseph, Ange Leccia, Philippe Parreno et Marie-Ange Guilleminot, beaucoup d’artistes français tentent l’expérience japonaise dans leur carrière et y reviennent.
L’attractivité de ce pays pour ces artistes semble résider à la fois du côté de l’hyper-modernité mais également dans un désir de préservation des savoir-faire et des traditions. Ces créateurs français s’inspirent du Japon pour donner une réponse adéquate aux enjeux de la globalisation qui nous éloignerait de notre identité. Les films présentés ont été pour la plupart réalisés au Japon durant un séjour à la Villa Kujoyama à Kyoto, l’équivalent de la Villa Médicis.

PROGRAMME

Executive Partner
Philippe Terrier-Hermann, 1998, vidéo, 10’, japonais sous-titré anglais et français
Executive Partner présente une discussion téléphonique entre une femme d’affaires japo- naise et un homme dans un train. Un double plan fixe mélange les esthétiques toutes faites de la sitcom et du film d’entreprise. On ne parvient pas à comprendre s’il s’y joue une rupture amoureuse ou une crise financière. Un mélodrame capitaliste.

Cendres
Mélanie Pavy & Idrissa Guiro, vidéo / video, 75’, 2013, japonais sous-titré français.
Cendres est une bouleversante traversée entre la France et le Japon, entre les années 1960 et aujourd’hui. Les cinéastes ont accompagné au plus près le périple d’Akiko, partie déposer les cendres de sa mère Kyoko dans son pays natal, près de Hiroshima. Dans ses bagages, un autre héritage: le journal intime de sa mère, et les images des films dans lesquels elle apparaît. Le documentaire retrace avec intensité et délicatesse ce trajet initiatique d’Akiko, écrivant là avec elle un autre journal intime, celui d’une franco-japonaise qui se réapproprie son his- toire et celle de sa mère.

La naissance du monde
Romain Kronenberg, 2009, 14 min, vidéo, version internationale
«C’est au Japon lorsque je résidais à la Villa Kujoyama, perchée sur les hauteurs de Kyoto, que j’ai réalisé les images qui composent ce film.  Avec la caméra, je filmais sans l’idée d’un film. Et puis est né le désir de construire sur la base de ces images un récit, celui de la naissance de la lumière, du presque rien de la nuit jusqu’à l’éclat de la nature dans la lumière neuve. Ce lever du jour, comme me l’avait inspiré Paul Valéry, pouvait être la naissance d’un monde où il serait possible de rejouer sa vie, de la ramasser pour la projeter vers une perspective plus large. »

Île de beauté
Ange Leccia, Dominique Gonzalez-Foerster, 1996, 70 min, 35 mm, version internationale
En 1985, un personnage solitaire défini par son seul regard se déplace entre deux îles : la Corse et le Japon. Réalisé à partir d’un ensemble de prises de vues « caméra subjective » tournées en vidéo par Ange Leccia, scénarisées par Dominique Gonzalez-Foerster, Île de Beauté est un long déplacement du regard qui laisse beaucoup de place au spectateur.

Aiwa to Zen
Candice Breitz, 2003, 11 min 30 s, vidéo, version internationale
« Au cours de ma première visite au Japon en 2002, j’ai mis par écrit tous les mots japonais que je connaissais avant de partir. Ce maigre vocabulaire d’à peu près 150 mots que je suis parvenue à rassembler avait presque exclusivement rapport à un Japon exotique ou imaginaire, ou un Japon prêt à consommer : la cuisine japonaise, le Japon dans la guerre, la pop culture japonaise, les mondes de la mode et de l’art japonais et, de manière écrasante, des douzaines de noms de marques japonaises. J’ai demandé à cinq personnes parlant japonais d’improviser une série de scènes de la vie quotidienne en utilisant uniquement mon japonais très primaire pour étrangers. »

L’expérience préhistorique
Christelle Lheureux, 2003-2004, 80 min, vidéo/ performance live, français
« 1936, début du cinéma parlant, l’enfance d’une relation entre le son, les voix et les images. Mizoguchi tourne à Kyoto Les sœurs de Gion, une histoire de geisha impliquant douze personnages. De ce film, je ne conserve que la bande son qui inspire le script d’un nouveau film muet de la même longueur, tourné lui aussi à Kyoto. Ce film muet, matrice de L’expérience préhistorique, met en scène douze personnages inanimés, en attente de voix et d’histoires. À chaque projection du film muet, un commentateur improvise une nouvelle histoire pour ces personnages, en direct dans la salle de cinéma. Chaque expérience d’interprétation du film muet contient sa propre histoire, sa propre langue, sa propre subjectivité. »

Temps japonais
Jean-Charles Fitoussi, 2008, 28 min, vidéo
Espoir pour les générations futures
Jean-Charles Fitoussi, 2009, 9 min, vidéo
«Choses vues et entendues, au Japon, au gré du vent, et saisies (parce qu’elles m’ont saisi ) au moyen d’une caméra miniature d’un téléphone toujours en poche. »

Platform #12 Tokyo 148 149
Cédrick Eymenier, 2008, 39 min, vidéo / musique originale par Akira Rabelais, Oren Ambarchi, Taylor Deupree
«Tournées et montées entre 2002 et 2008, les treize étapes successives de la série de films Platform dessinent un trajet imaginaire en forme de spirale, rencontrant, ici et ailleurs, les espèces d’espaces de transparence et de logistique dont un Paul Virilio ou un Jean Baudrillard ont pu faire la théorie critique : négation de l’expérience, simulacres d’urbanité dédiées à l’indifférence de l’échange fluctuant, décors édifiants, sans adhérence et grisants, où s’échouent les mythes futuristes, quand la ville postmoderne semble tout à la fois une fourmilière hors-sol et un château de sable. À Tokyo, la longue séquence décrivant les méandres infinis de la ville nippone, la caméra comme fixée à la proue du sinueux métro aérien, d’une station à une autre, une onde musicale tenue sans fin épousant les courbes décrites. Immémorial tour de manège dont l’effet de sidération renoue avec ce genre d’attraction filmique très en vogue à la naissance du cinéma, ces premiers travellings par caméras embarquées dans un train et traversant des paysages saisissants de ravins et tunnels. Au bout de l’hallucinant et fantomatique trajet, c’est comme si la fuite du temps s’était elle-même suspendue avec l’arrêt du métro, que nul ne conduit ni n’attend plus. Après cette vue immense qui pourrait marquer le terme utopique ou anéanti de Platform, la ville étendue entre chien et loup apparaîtra comme une succession de natures mortes apaisées, zen, s’achevant dans une zone indistincte entre nature et cité, deux jardiniers préparant une future pelouse en balayant la terre.» Emeric de Lastens

Kessoku
Cécile Hartmann, 2006, 9′, vidéo, version internationale
Deux lieux se rapprochent dans un mouvement d’alternance et de réversibilité : le centre financier de la bourse de Tokyo et les cratères volcaniques de l’archipel. Les fluctuations économiques se relient aux secousses telluriques à la recherche d’un point d’attache et d’équilibre. Un sentiment de douce inquiétude émerge de cet état de rencontre. Le mot japonais kessoku appartient au vocabulaire politique et indique une coalition ou une solidarité.

Slow Life
Christian Merlhiot, 2012, 74 min, japonais sous-titré français
Kentaro a quitté sa ville natale depuis peu. Il s’est installé dans un village près de Kyoto et tra- vaille dans un atelier de teinture. Il rend de petits services aux habitants et aide les cultivateurs pour les récoltes. Au fil des rencontres et des petits boulots, il découvre de nouveaux modes de vie et s’interroge sur son rôle dans cette communauté où le temps s’écoule autrement. Un jour d’automne ensoleillé, il part avec Yukiko, une vieille dame espiègle et silencieuse, pour une promenade en forêt…

Focus Shima Shima
Judith Cahen et Masayasu Eguchi, film en cours, français et japonais sous-titré français
Notre avenir est-t-il contaminé ? Le film prend la forme d’une rencontre entre deux cinéastes, un Japonais et une Française, qui tentent d’éclairer quelques inquiétudes sur des contaminations invisibles. Avec mélancolie et humour, leur dialogue traverse Fukushima et Hiroshima ainsi que l’imaginaire qui s’y rapporte. Du road movie décalé au film d’anticipation expérimental, ils tiennent compte des strates de représentations accumulées pour en inventer d’autres, ludiques et insolites.